Agression verbale au travail par un collègue

Agression verbale au travail par un collègue : que faire quand ça dépasse les bornes

Tu rentres chez toi après une journée de boulot et tu rejoues dans ta tête la scène du matin. Ton collègue t’a crié dessus devant tout le monde, t’a coupé la parole de façon agressive ou t’a lancé des remarques humiliantes. Tu te demandes ce que tu aurais dû dire, ou si tu as eu tort de rien faire. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des étapes concrètes pour gérer une agression verbale au travail de la part d’un collègue, et je vais te les expliquer sans jargon.

La réponse courte : tu documentes les faits, tu poses une limite claire si c’est sécuritaire de le faire, et tu remontes la situation aux ressources humaines ou à ton supérieur si ça continue. Le reste de l’article, c’est le comment faire vraiment ça, dans la vraie vie.

Sommaire

  1. C’est quoi exactement une agression verbale au travail ?
  2. Pourquoi ne pas laisser ça passer
  3. Ce que tu fais dans le feu de l’action
  4. Comment documenter les incidents
  5. Quand et comment impliquer les RH ou ton supérieur
  6. Tes droits légaux face au harcèlement verbal
  7. FAQ

C’est quoi exactement une agression verbale au travail ?

Les formes que ça peut prendre

On ne parle pas juste d’un collègue qui lève un peu le ton un lundi matin. Une agression verbale au travail recouvre des comportements bien précis, et les reconnaître, c’est déjà la moitié du chemin.
Type de comportement Exemples concrets
Cris et intimidation Hausser la voix de façon répétée, claquer des objets pour impressionner
Insultes et dénigrement Attaques sur les compétences, moqueries devant témoins, surnoms désobligeants
Humiliation publique Te corriger ou te rabrouer en réunion pour faire valoir son autorité
Menaces voilées « Tu vas voir ce qui t’attend si tu continues », insinuations sur ton poste
Exclusion verbale T’ignorer ostensiblement en réunion, te couper la parole de manière systématique

La différence entre un conflit ponctuel et une agression verbale tient souvent à deux choses : l’intention de blesser ou de dominer, et la répétition. Un désaccord houleux, ça arrive à tout le monde. Une personne qui te prend régulièrement pour cible, c’est une autre histoire.

Pourquoi ne pas laisser ça passer

Les conséquences réelles si tu ne réagis pas

Agression verbale au travail par un collègue
Agression verbale au travail par un collègue

Je comprends l’envie de faire profil bas. Personnellement, la première fois qu’un collègue m’a parlé de façon vraiment agressive, ma réaction instinctive a été de me dire « ça va passer ». Mais en général, ça ne passe pas tout seul.

Quand tu laisses une agression verbale sans réponse, tu envoies un signal involontaire : que ce comportement est acceptable. La personne recommence, souvent avec plus de confiance. Et toi, tu accumules un stress chronique qui finit par affecter ta concentration, ton sommeil, ta motivation, voire ta santé physique.

Les études sur le climat de travail montrent que le harcèlement verbal non traité s’aggrave dans la grande majorité des cas. Attendre que ça s’améliore tout seul, c’est rarement une stratégie qui fonctionne. Mieux vaut agir tôt, même si c’est inconfortable.

Ce que tu fais dans le feu de l’action

Garder son calme sans se laisser écraser

Agression verbale au travail par un collègue
Agression verbale au travail par un collègue

C’est la partie la plus dure. Quand quelqu’un te crie dessus ou te balance une remarque humiliante, ton système nerveux se met en mode combat ou fuite. Résultat : tu réagis de façon impulsive ou tu te retrouves pétrifié.e.

Voici ce qui m’a vraiment aidé et ce que je recommande :

  • Prends une grande inspiration avant de répondre. Trois secondes de silence, c’est pas grand chose, mais ça change tout.
  • Nomme le comportement calmement : « Je ne te parle pas comme ça, j’attends la même chose de ta part. » Court, direct, sans s’énerver.
  • Si c’est trop intense, quitte la pièce. Tu peux dire « On reprend cette conversation quand le ton sera différent » et partir. Ce n’est pas fuir, c’est éviter l’escalade.

L’objectif dans l’instant, c’est pas de gagner un débat. C’est de poser une limite claire sans alimenter le conflit. Si la situation est trop explosive ou que tu crains pour ta sécurité, la priorité absolue c’est de te mettre à l’abri et d’en parler ensuite.

Comment documenter les incidents

Ton outil le plus puissant : le journal de bord

Ça peut sembler bizarre de tenir un journal pour des situations de boulot, mais crois-moi, c’est vraiment l’arme numéro un si tu veux être pris.e au sérieux par les ressources humaines ou un supérieur.

Après chaque incident, note immédiatement :

  • La date et l’heure exactes
  • Le lieu (open space, salle de réunion, couloir, etc.)
  • Les paroles exactes utilisées, autant que tu t’en souviens
  • Les témoins présents, même si tu ne sais pas s’ils interviendront
  • L’impact sur toi : tu as dû quitter la pièce, tu as été en retard sur une tâche, tu as pleuré aux toilettes

Si l’agression a eu lieu par écrit (mail, message Teams, SMS), conserve les captures d’écran. C’est une preuve directe qui ne demande aucun effort d’interprétation.

Plus ton documentation est précise, moins on peut te répondre « c’est ta perception des choses ». Les faits, les dates, les mots exacts : rien de bien compliqué, mais ça fait toute la différence.

Quand et comment impliquer les RH ou ton supérieur

La démarche pas à pas

Tu n’as pas à attendre que la situation soit catastrophique pour en parler. Si un premier échange direct avec le collègue n’a rien changé, ou si tu ne te sens pas en sécurité pour l’avoir, passe directement à cette étape.

La première question à te poser : est-ce que ton supérieur est au courant ? Si non, commence par lui. Présente les faits, pas les émotions. « Le 12 juin, lors de la réunion d’équipe, Marc m’a dit X devant les collègues Y et Z » est bien plus efficace que « Marc me déteste depuis des mois ».

Si ton supérieur est lui-même impliqué dans la situation, ou s’il minimise ton témoignage, va directement aux ressources humaines. C’est leur rôle de traiter ce type de plainte, et une RH sérieuse va ouvrir un dossier formel.

Pendant cet entretien :

  • Apporte ton journal de bord et tes preuves écrites
  • Demande explicitement qu’une enquête soit ouverte
  • Renseigne-toi sur la politique interne de l’entreprise contre le harcèlement
  • Mets tout par écrit après la rencontre : envoie un mail récapitulatif à ton interlocuteur.trice RH

Ce dernier point est souvent oublié, mais il est crucial. Un mail envoyé crée une trace officielle que tu as signalé le problème à telle date.

Tes droits légaux face au harcèlement verbal

Ce que la loi prévoit pour te protéger

Au Québec comme en France, la législation protège les travailleurs contre le harcèlement psychologique et les violences verbales au travail. Ce n’est pas juste une politique interne d’entreprise, c’est encadré par la loi.

Au Québec, la Loi sur les normes du travail prévoit explicitement une protection contre le harcèlement psychologique, qui inclut les comportements verbaux répétés qui portent atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique d’un salarié. Tu peux déposer une plainte à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) si ton employeur ne prend pas de mesures correctives.

En France, le Code du travail prévoit également des recours via l’inspection du travail, le conseil de prud’hommes, et la possibilité de consulter un médecin du travail.

Dans les deux contextes, l’employeur a une obligation légale de protéger ses employés contre ces situations. S’il ne fait rien une fois informé, sa responsabilité peut être engagée. Et si la situation est vraiment grave, consulter un.e avocat.e spécialisé.e en droit du travail n’a rien d’excessif.

FAQ

Est-ce qu’une seule agression verbale suffit pour porter plainte ?
Une seule agression très grave (menaces, insultes à caractère discriminatoire) peut suffire. Pour le harcèlement psychologique au sens légal, il faut en général une conduite répétée. Documente dès le premier incident pour être prêt.e si ça recommence.

Et si tout le monde a vu mais que personne ne veut témoigner ?
C’est frustrant, mais ça arrive souvent. Les témoins ont peur des représailles. Note quand même leurs noms dans ton journal de bord : les RH peuvent les convoquer dans le cadre d’une enquête officielle, même sans témoignage volontaire de leur part.

Mon supérieur banalise la situation en disant que mon collègue est « comme ça avec tout le monde ». C’est une réponse valable ?
Non. Le fait que ce comportement soit généralisé ne le rend pas acceptable. Ça peut même indiquer un problème systémique dans l’équipe. Si ton supérieur minimise, c’est clairement le moment de monter d’un cran et d’aller aux RH.

Est-ce que je risque quelque chose à signaler ?
La loi interdit explicitement les représailles contre quelqu’un qui signale du harcèlement. Si tu subis des conséquences négatives après avoir déposé une plainte, ces représailles peuvent elles-mêmes faire l’objet d’une plainte séparée.

Comment je prends soin de moi pendant tout ce processus ?
Ce n’est pas une question secondaire. Parles-en à quelqu’un de confiance en dehors du travail, et n’hésite pas à consulter un professionnel de santé si le stress devient pesant. Ton programme d’aide aux employés (PAE), si ton entreprise en a un, offre souvent des sessions de soutien psychologique gratuites et confidentielles.

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